Moore Stephens
Agroalimentaire

ESG dans l’agroalimentaire : tendances et enjeux pour 2025

Le secteur agroalimentaire traverse une période de transformation sans précédent, où les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) redéfinissent les règles du jeu. Confronté à des attentes croissantes des consommateurs, des investisseurs et des régulateurs, ce secteur stratégique doit repenser ses modèles opérationnels pour rester compétitif.

Mais parler d’ESG dans le secteur agroalimentaire, c’est accepter un double mouvement :

  • D’un côté, la rigueur des données : inventaires de GES, traçabilité, indicateurs normalisés (ISSB/IFRS, SASB, TNFD, CSRD, S-211).
  • De l’autre, la force du récit : « acheter, c’est voter », et chaque choix de consommation confirme — ou infirme — la confiance envers une marque.

Cette tension féconde entre preuve et perception a traversé les conférences et ateliers du CTAQ, le 22 septembre dernier. Comme le résume Melissa Hazel, professionnelle ESG chez Demers Beaulne :

« La donnée n’est pas une fin en soi. C’est un intrant qui rend crédible un positionnement. Et ce positionnement doit parler au cœur autant qu’à l’esprit. »

Une tendance qui se consolide

Un constat s’est imposé dès le début de la journée d’ateliers de la CTAQ : la quasi-totalité des entreprises présentes ont déjà amorcé une démarche ESG. « J’ai été surprise de voir à quel point le mouvement est généralisé, confie Melissa Hazel. On ne sait pas toujours où les organisations en sont rendues, mais pratiquement tout le monde a commencé des démarches, c’est encourageant. »

Cette mobilisation s’explique par une convergence de facteurs ESG :

  • exigences accrues des donneurs d’ordres (approvisionnement responsable, réduction des GES),
  • multiplication des référentiels (ISSB/IFRS, TNFD, CDP),
  • durcissement du cadre réglementaire (S-211, C-59, EUDR, normes provinciales).

Oui, la “soupe alphabet” de cadres ESG est bien réelle. Mais l’ingrédient commun à tous ces dispositifs reste la donnée. « La gouvernance de la donnée ESG devient une compétence d’affaires aussi essentielle que la gouvernance financière », souligne Mélissa Hazel.

Les organisations qui maîtrisent la donnée gagnent en crédibilité et réduisent leurs risques réputationnels, contractuels, opérationnels et juridiques. Et non, il n’est pas nécessaire d’investir dans des technologies coûteuses pour progresser :

« On peut avoir tous les outils du monde, mais si la donnée de base n’est pas bonne, ça ne sert à rien. Parfois, il suffit de revenir à la base : un fichier Excel fiable », rappelle notre experte.

Quand le storytelling s’enracine dans l’action

Les ateliers du CTAQ ont rappelé que l’ESG repose autant sur l’émotion et le sens que sur la rigueur et l’exécution. Toucher l’humain est essentiel, mais encore faut-il que les gestes suivent.

Les leviers qui parlent au consommateur (réduction des pertes, efficacité énergétique, engagement des fournisseurs) sont souvent ceux qui améliorent aussi la productivité. C’est là que l’ESG cesse d’être une contrainte pour devenir un avantage concurrentiel durable : la cohérence entre le discours et l’action.

 

Communiquer sans se brûler : l’effet C-59

Autre sujet marquant qui est ressorti des conférences : la loi C-59 change la donne pour les communications ESG. Beaucoup d’entreprises en ignoraient encore la portée, pourtant cette législation exige désormais des preuves suffisantes et appropriées pour appuyer toute allégation environnementale.

« On n’a plus le luxe de se taire par prudence, mais on n’a pas non plus le droit de s’avancer sans preuve. Il faut continuer à parler de ses actions, mais de manière ciblée, pertinente et mesurable », résume Melissa Hazel.

En pratique :

  • communiquer sur ce qui est matériel et démontrable,
  • contextualiser les indicateurs (définitions, périmètres, limites),
  • adapter les messages selon les audiences (partenaires, clients, consommateurs).

Résultat : une communication plus crédible, sans perdre en impact.

Une feuille de route pragmatique sur 12 à 24 mois

Les experts convergent vers une approche progressive et intégrée plutôt que la recherche d’une perfection paralysante.

1- Analyser la matérialité

Réunir la direction et les fonctions clés pour définir les enjeux prioritaires et une vision claire (« pourquoi nous, pourquoi maintenant », « pour qui »).

2- Établir une ligne de base et lancer des « quick wins »

Énergie, matières résiduelles, logistique : chaque initiative évaluée selon son coût par tonne de CO₂e et ses gains opérationnels.

3- Engager la chaîne d’approvisionnement

Adopter un code fournisseur, cartographier les risques, instaurer une collecte de données progressive et des incitatifs clairs.

4- Structurer la gouvernance ESG

Définir les rôles, la cadence et les indicateurs dans une logique d’amélioration continue.

5- Mobiliser les programmes et subventions vertes

Pour accélérer les gains.

6- Communiquer de manière conforme à C-59

En s’appuyant sur des tableaux de bord transparents.

« Pas besoin d’un gros comité ni d’un budget faramineux, rappelle Melissa Hazel. Commencez là où vous êtes, impliquez vos équipes et valorisez ce que vous faites déjà bien. Chaque petite action compte. »

Un secteur à un point d’inflexion

L’industrie agroalimentaire québécois se trouve à un moment charnière : les entreprises veulent agir, les consommateurs votent avec leur portefeuille et la réglementation clarifie les règles du jeu.

Bonne nouvelle : les actions les plus bénéfiques pour le climat sont souvent celles qui améliorent la productivité.

La clé de la transition réside donc dans l’équilibre :

  • structurer la donnée,
  • financer l’efficacité,
  • engager les fournisseurs,
  • jouer collectif.
Melissa Hazel

Melissa Hazel

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