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Évaluation d’entreprise | Comment choisir entre vente d’actions et vente d’actifs

L’évaluation d’une entreprise est une étape déterminante dans toute transaction : relève familiale, vente à un concurrent, intégration à un groupe ou entrée d’un investisseur stratégique. Bien plus qu’un simple exercice financier, elle influence directement le prix de vente, la fiscalité applicable et les risques assumés par chacune des parties.

Au Québec, deux grandes formes de transaction dominent : la vente d’actions et la vente d’actifs.

Bien qu’elles visent toutes deux le transfert de valeur, leurs impacts sont très différents. Comprendre ces distinctions est essentiel pour structurer une transaction optimale, tant pour le vendeur que pour l’acheteur.

Comprendre les deux types de vente

La vente d’actions

La vente d’actions consiste à transférer les parts sociales ou les actions d’une société à un acheteur. Celui-ci devient alors propriétaire de l’entité juridique dans son ensemble, incluant :

  • les actifs (immeubles, équipements, inventaires, liquidités)
  • les passifs (dettes, obligations fiscales, litiges potentiels)
  • les contrats, permis et licences
  • les employés et leurs conditions de travail

La société continue d’exister telle quelle ; seul l’actionnariat change. Cette continuité facilite souvent la transition, mais elle implique aussi que l’acheteur hérite de l’historique complet de l’entreprise.

La vente d’actifs

La vente d’actifs permet à l’acheteur de sélectionner précisément ce qu’il souhaite acquérir : immeubles, équipements, inventaires, clientèle, marques ou encore certains contrats.

Dans ce scénario, les dettes et obligations demeurent généralement dans la société du vendeur, sauf si elles sont expressément reprises dans l’entente. Cette flexibilité est souvent perçue comme un avantage pour l’acheteur, mais elle complexifie la structure de la transaction.

Les méthodes d’évaluation : une approche adaptée à chaque contexte

Quelle que soit la forme de vente envisagée, l’évaluation repose sur des méthodes reconnues, adaptées à la réalité de l’entreprise et aux objectifs des parties.

Les flux de trésorerie actualisés (DCF)

Cette méthode estime la valeur de l’entreprise en fonction de sa capacité à générer des flux de trésorerie futurs. Elle repose sur des projections financières et un taux d’actualisation reflétant le risque.

Elle est particulièrement utilisée lorsque l’entreprise affiche une rentabilité stable et des perspectives de croissance claires.

Capitalisation du flux monétaire (CFM)

Cette méthode estime la valeur de l’entreprise à partir d’un flux monétaire représentatif et stable, qui est multiplié par un taux de capitalisation reflétant le risque et le rendement exigé par les investisseurs.

Elle repose sur l’hypothèse que l’entreprise génère des flux relativement constants dans le temps. Elle est particulièrement utilisée lorsque l’entreprise est mature et que ses flux monétaires sont prévisibles et stabilisés.

Les multiples de marché

Ici, l’entreprise est comparée à d’autres sociétés similaires, à l’aide de ratios financiers tels que le prix/EBITDA ou le prix/revenus. Cette approche est courante dans les transactions de marché et permet d’obtenir un point de référence réaliste.

La valeur des actifs nets

Cette méthode repose sur la valeur marchande des actifs, diminuée des dettes.

  • Dans une vente d’actions, l’évaluation porte sur l’ensemble de l’entité.
  • Dans une vente d’actifs, elle se concentre sur chaque bien acquis individuellement, ce qui peut mener à des valeurs très différentes selon les actifs retenus.

Les impacts fiscaux : un facteur déterminant

La fiscalité est souvent l’élément qui influence le plus fortement la structure d’une transaction.

Vente d’actions

Pour le vendeur, la vente d’actions génère généralement un gain en capital, dont seulement 50 % est imposable. De plus, les propriétaires de petites entreprises admissibles peuvent bénéficier de l’exonération cumulative des gains en capital, pouvant atteindre environ 1 million de dollars.

Pour l’acheteur, le principal inconvénient est que les actifs conservent leur valeur comptable historique, ce qui limite les possibilités d’amortissement fiscal futur.

Vente d’actifs

Dans une vente d’actifs, le vendeur est imposé séparément sur les gains réalisés pour chaque bien vendu. Certains gains peuvent être entièrement imposables, ce qui entraîne souvent une facture fiscale plus élevée.

L’acheteur, en revanche, y trouve un avantage fiscal important : les actifs acquis peuvent être amortis à leur juste valeur marchande, ce qui permet de réduire le revenu imposable au fil des ans.

Risques et responsabilités : une répartition très différente

Vente d’actions

L’acheteur assume l’ensemble des responsabilités passées et futures de la société : dettes, litiges potentiels, obligations fiscales et engagements envers les employés.

Une vérification diligente rigoureuse est donc essentielle afin d’identifier les risques, négocier des garanties et ajuster le prix de vente en conséquence.

Vente d’actifs

La vente d’actifs permet généralement d’éviter les passifs antérieurs. Toutefois, elle peut nécessiter :

  • la renégociation de contrats, baux ou licences
  • l’obtention de nouvelles autorisations réglementaires
  • des ajustements opérationnels importants

Ces éléments ajoutent de la complexité et doivent être anticipés dès le départ.

Aspects pratiques et continuité des opérations

Dans une vente d’actions, la continuité est quasi totale :

  • les contrats demeurent en vigueur
  • les permis et licences restent valides
  • les employés conservent leurs conditions de travail

À l’inverse, une vente d’actifs peut entraîner des changements plus marqués. Certains employés pourraient être transférés, d’autres non, et certains contrats devront être renégociés. La structure de financement existante (prêts, garanties, covenants) peut également influencer la faisabilité et la valeur de la transaction.

Stratégies et préférences des parties

De façon générale :

  • Le vendeur privilégie la vente d’actions, qui est souvent plus simple sur le plan opérationnel et plus avantageuse fiscalement.
  • L’acheteur préfère la vente d’actifs, afin de limiter les risques et maximiser les avantages fiscaux liés à l’amortissement.

Cela dit, le choix dépend aussi du profil de l’acheteur :

  • un investisseur financier cherchera à optimiser le rendement et le risque,
  • un concurrent stratégique visera les synergies opérationnelles,
  • un repreneur familial accordera souvent une grande importance à la continuité.

Un choix stratégique qui mérite un accompagnement expert

Il n’existe pas de solution universelle. Chaque transaction est unique et doit être analysée en fonction des objectifs financiers, fiscaux et humains des parties impliquées. Une évaluation rigoureuse, combinée à une structure de vente bien réfléchie, peut faire toute la différence entre une transaction réussie et une occasion manquée.

Chez Demers Beaulne, nos équipes en évaluation d’entreprise et en fiscalité accompagnent les entrepreneurs à chaque étape de leur réflexion, afin de maximiser la valeur de leur entreprise et de sécuriser la transaction.

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Vous avez plus de questions? Nous y répondons.

Comment calculer la valeur d'une entreprise? (exemple)

Le calcul de la valeur d’une entreprise suit un processus d’évaluation structuré qui combine plusieurs approches méthodologiques. L’expert en évaluation analyse d’abord les états financiers historiques pour comprendre la performance passée et identifier les tendances.

Cette démarche nécessite ensuite l’examen du secteur d’activité, du potentiel de croissance et de l’équipe de direction. Le professionnel applique différentes méthodes : flux de trésorerie actualisés pour projeter les bénéfices futurs, multiples de marché pour comparer avec des entreprises similaires, ou approche patrimoniale pour valoriser les actifs nets.

Le type d’entreprise influence grandement l’approche retenue. Une société technologique sera évaluée différemment d’une entreprise manufacturière possédant des immobilisations importantes. L’évaluateur considère également les marques de commerce, le modèle d’affaires et la taille du marché pour produire des évaluations précises adaptées au contexte spécifique de chaque organisation.

Comment calculer la valeur marchande d'une entreprise?

Plusieurs outils en ligne gratuits permettent aux entrepreneurs d’obtenir une estimation préliminaire de leur valeur marchande. Ces calculateurs utilisent des formules simplifiées basées sur le chiffre d’affaires, l’EBITDA ou les actifs nets pour fournir un ordre de grandeur rapidement.

La méthode des multiples sectoriels reste la plus accessible pour un calcul personnel. Vous multipliez vos revenus annuels par un coefficient standard de votre industrie, disponible dans diverses publications spécialisées. Cette approche donne une base de négociation solide pour un transfert d’entreprise ou une planification successorale.

Attention toutefois aux limites de ces estimations gratuites. Elles ne tiennent pas compte des spécificités de votre entreprise, de la qualité de votre main-d’œuvre ou des risques particuliers de votre marché. Ces facteurs peuvent considérablement modifier la valeur réelle lors d’une transaction d’achat-vente.

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