Moore Stephens
Médias et divertissement

Croître dans les industries créatives : ce qui distingue les modèles qui rayonnent

Dans les industries créatives, tout le monde parle d’idées, mais beaucoup moins de modèles capables de durer. Et pourtant.

Créer, c’est une chose. Construire une entreprise capable de croître, de se financer, de se structurer et de s’exporter en est une autre.
Chez Demers Beaulne, nous le constatons chaque jour. En accompagnant une centaine d’organisations par année dans les industries créatives, une réalité s’impose :

ce qui freine la croissance n’est presque jamais le manque de talent, mais bien l’absence de « structure » — et la difficulté à faire des choix.

Parce que faire croître une entreprise créative, c’est renoncer à certaines idées pour en faire avancer d’autres. C’est passer d’une logique de projets à une logique de modèle durable. Et surtout, c’est de transformer une vision en quelque chose qui fonctionne… à grande échelle.

Car si ces industries sont portées par le cœur — la création, l’esthétique, l’innovation —, leur croissance repose aussi sur autre chose : un modèle d’affaires solide, une structure claire, une capacité d’investissement… et la discipline de dire non à certains projets pour faire avancer les projets les plus porteurs.

C’est exactement ce qui s’est révélé lors du panel présenté dans le cadre de l’événement EXPOSÉ(S)_2.0, réunissant Supply + Demand, Wireframe et Flaura, le 10 juin dernier à La Piscine. Trois entreprises. Trois modèles. Trois façons de naviguer entre création et réalité d’affaires. Avec un constat sans équivoque :

pour rayonner, l’inspiration à elle seule ne suffit pas. Il faut une structure capable de la porter.

​Trois modèles, trois façons de croître

Chez Supply + Demand, le signal de marché s’est clarifié pendant la pandémie. Trois besoins émergent : plus de flexibilité, des équipements réutilisables et une logique modulaire mieux adaptée au terrain. De là naît le Modular Exhibition System (MES), un modèle conçu pour être viable, structuré et déployable à grande échelle. L’entreprise passe ainsi d’un rôle de service à celui de producteur autonome, contrôlant toute la chaîne — de la création à l’expérience client. Aujourd’hui, son offre est pensée pour circuler à l’international, avec une présence sur cinq continents.

Du côté de Wireframe, la croissance s’appuie sur un autre constat : la demande dépasse largement l’offre. Portée par la confiance de ses clients et partenaires, l’entreprise affine sa proposition et fait évoluer son modèle. D’abord productrice exécutive en art public, elle se repositionne progressivement vers la distribution, puis vers un rôle plus stratégique de producteur et de curateur. En structurant ses processus et en standardisant son approche, elle transforme un marché émergent en véritable levier de croissance.

Pour Flaura, tout part d’un besoin : trouver une alternative au cuir qui soit à la fois durable, esthétique et éthique. La rencontre entre expertise créative et innovation en chimie verte permet de transformer cette intuition en proposition concrète. Pour avancer, l’entreprise fait des choix structurants : mettre sur pause le B2C, prioriser le B2B, concentrer ses efforts localement et accepter une trajectoire de croissance plus longue. Une approche alignée avec la réalité de l’innovation en matériaux.

Croître, oui, mais avec intention

Pour Alexandre Laturaze, associé responsable de l’équipe des industries créatives chez Demers Beaulne, le rôle du conseiller d’affaires n’est pas de créer les leviers de croissance, mais de mettre en place les conditions pour que ces leviers puissent être activés au bon moment par l’entreprise : gouvernance, structure financière, processus, vision claire et préparation.

C’est particulièrement vrai en matière de commercialisation et d’expansion. Comme l’a rappelé Alexandre lors du panel avec Supply on Demand, Wireframe et Flaura, un projet exportable ne se limite pas à un bon produit. Il exige d’anticiper des enjeux clés : propriété intellectuelle, fiscalité, contrats, flux transfrontaliers, capacité organisationnelle et autres.

« Trop souvent, ces éléments arrivent après coup, alors qu’ils doivent être intégrés dès le départ. »

Au fond, le véritable enjeu est là : trouver l’équilibre entre ce qui nourrit la vision… et ce qui permet à l’entreprise de tenir dans le temps avec un modèle d’affaire viable.

Ce que ces trajectoires ont en commun

Les parcours de Supply on Demand, Wireframe et Flaura illustrent trois approches distinctes, mais révèlent aussi des constantes : savoir reconnaître le bon signal de marché, faire évoluer son modèle au bon moment, bâtir sa crédibilité et protéger le temps nécessaire à la structuration.

Supply + Demand a intégré l’international dès la conception.
Wireframe a fait de l’absence de standards un avantage stratégique.
Flaura mise sur la preuve, le récit et une priorisation claire.

C’est aussi ce que nous observons chez Demers Beaulne, en accompagnant plus de 500 projets par année dans cette industrie : les modèles qui rayonnent ne sont pas ceux qui avancent uniquement à l’intuition. Ce sont ceux qui réussissent à allier vision, structure, adaptabilité… et exécution.

 

FAQ

Quel est l'avenir des industries créatives ?

Les perspectives sont solides. Le gouvernement canadien a annoncé en mai 2026 un investissement de 95 millions de dollars sur cinq ans dans la Stratégie canadienne d’exportation créative, un signal clair de la confiance accordée à ce secteur pour stimuler la croissance économique à long terme.

À l’échelle mondiale, la Commission européenne reconnaît que les industries créatives génèrent des emplois de qualité pour quelque cinq millions de personnes dans l’Union européenne, avec un taux de croissance supérieur à la moyenne du reste de l’économie. Depuis 2018, la stratégie canadienne a permis de conclure 167,7 millions de dollars en ententes commerciales, rejoignant 120 marchés internationaux.

L’intelligence artificielle, la production culturelle numérique et la montée de l’économie des créateurs redessinent les frontières du secteur. Les petites entreprises qui sauront protéger leurs droits de propriété intellectuelle et structurer leur modèle d’affaires seront les mieux positionnées pour en tirer parti.

Quel est le taux de croissance d'une entreprise créative ?

Les industries créatives affichent historiquement un taux de croissance annuel plus élevé que la moyenne des autres secteurs économiques. Selon la Commission européenne, leur progression dépasse régulièrement celle du reste de l’économie, portée par la création de contenu, les jeux vidéo, la musique et les entreprises artistiques.

Au Canada, Patrimoine canadien souligne la contribution croissante de ces secteurs au produit intérieur brut national. Les données disponibles montrent que l’économie créative génère une valeur ajoutée significative, notamment grâce à l’exploitation du droit d’auteur et à l’émergence de nouvelles idées sur les marchés numériques.

La trajectoire varie selon les modèles d’affaires et la main-d’œuvre mobilisée, mais une constante s’impose : les entreprises qui structurent tôt leur gouvernance et leurs processus progressent plus rapidement que celles qui misent uniquement sur le talent créatif brut.

Quelles sont les différentes industries créatives ?

Le périmètre des industries créatives est large et regroupe des secteurs très variés, tous fondés sur la créativité individuelle comme ressource principale.

On y retrouve notamment :

  • L’architecture et le design : conception d’espaces, design graphique, design de produit
  • Les arts visuels : galeries d’art, illustration, photographie
  • La publicité et les communications : stratégie de marque, marketing créatif
  • Le cinéma, la télévision et les médias numériques : production audiovisuelle, contenu en ligne
  • La mode et l’artisanat d’art : création textile, métiers d’art
  • Les logiciels et jeux interactifs : développement de jeux, expériences immersives

Au Québec, ces secteurs sont reconnus par le CSC (Conseil des arts et des lettres du Québec) comme des facteurs déterminants du dynamisme économique régional. Leur point commun : transformer une idée originale en produit ou service à forte valeur ajoutée immatérielle.

Quelles sont les principales composantes de la créativité dans les entreprises ?

La créativité en entreprise repose sur plusieurs piliers distincts. Le premier est la fluidité des idées : la capacité à générer un grand volume de pistes, sans autocensure, avant de les filtrer. Vient ensuite la flexibilité cognitive, soit l’aptitude à changer de perspective face à un problème.

La troisième composante est l’originalité — produire des solutions réellement nouvelles plutôt que de reproduire ce qui existe déjà. Procter & Gamble l’a démontré concrètement avec le Swiffer, né d’une plateforme d’échange ouverte aux clients et fournisseurs.

Enfin, la créativité ne se déploie pleinement que dans un environnement qui la soutient : temps protégé, culture d’entreprise permissive à l’erreur et leadership qui valorise l’expérimentation. Sans ces conditions organisationnelles, même les individus les plus inventifs peinent à transformer leurs idées en valeur réelle pour l’entreprise.

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