Moore Stephens
Actualité canadienne

Fusions et acquisitions 2026 | un marché à deux vitesses

Fusions-acquisitions et repreneuriat : un marché à deux vitesses

 

Les tendances des fusions et acquisitions en 2026 se résument en un mot : polarisation. Énergie, intelligence artificielle, infrastructures… Les grandes transactions reprennent de la vigueur au Canada comme ailleurs dans le monde, mais cette relance cache une réalité plus nuancée : les acheteurs demeurent très sélectifs, et seules les opérations jugées les plus stratégiques trouvent preneur.

Au Québec, cette relance s’accompagne également d’un autre phénomène : un nombre croissant de dirigeants souhaitent céder leur entreprise, alors que le bassin de repreneurs ne suit pas le même rythme.

En bref :

    • La valeur des transactions bondit au Canada et dans le monde, mais le nombre d’opérations recule : le marché se concentre sur les mégatransactions.
    • L’énergie, les mines et les infrastructures liées à l’intelligence artificielle (centres de données, calcul) demeurent les secteurs les plus recherchés.
    • Les acheteurs restent très sélectifs : les acquisitions de moindre envergure demeurent freinées par des conditions de financement plus exigeantes.
    • Au Québec, un déséquilibre croissant entre l’offre et la demande de repreneurs menace la pérennité de milliers de PME.

Tour d’horizon.

Le marché canadien des fusions et acquisitions a gagné en vigueur au premier semestre de 2026, malgré un environnement économique encore marqué par les tensions commerciales, les incertitudes géopolitiques et une volatilité persistante des marchés financiers.

Selon la plus récente mise à jour trimestrielle du cabinet juridique Bennett Jones, la valeur des transactions annoncées ou conclues au deuxième trimestre a atteint 77,5 milliards de dollars américains (G$ US), en hausse par rapport aux 62,4 G$ US du trimestre précédent. Le nombre de transactions, lui, a toutefois reculé à 651, contre 768 au premier trimestre.

Cette divergence entre le volume et la valeur des opérations demeure l’une des principales caractéristiques du marché actuel.

Les entreprises n’ont pas retrouvé l’appétit pour tous les types d’acquisitions. Elles ciblent plutôt un nombre limité d’actifs jugés particulièrement stratégiques, tandis que les opérations de moindre envergure demeurent freinées par des conditions de financement plus exigeantes et une sélection beaucoup plus rigoureuse des actifs. Une tendance qui avait déjà commencé à se dessiner au cours de 2025.

Apprendre à vivre avec l’incertitude

Si les tarifs douaniers, les conflits géopolitiques et les changements réglementaires continuent d’alimenter l’incertitude, ils ne semblent plus paralyser complètement les décideurs.

Selon Bennett Jones, les écarts de valorisation entre acheteurs et vendeurs se résorbent, les conseils d’administration ressentent une pression croissante pour réaliser des transactions, tandis que les fonds de capital-investissement disposent toujours d’importantes liquidités qu’ils cherchent à déployer. Ces fonds affichent d’ailleurs un appétit plus marqué que les acheteurs industriels : plusieurs études internationales notent qu’ils prévoient réaliser davantage de transactions au cours de la prochaine année, portés par la nécessité de déployer leurs capitaux et par l’amélioration graduelle des conditions de sortie.

Le recul graduel des taux d’intérêt contribue également à débloquer certains dossiers. Des coûts de financement plus prévisibles facilitent les discussions et rendent les acquisitions plus attrayantes qu’elles ne l’étaient il y a un an.

L’énergie demeure le principal moteur

Selon Bennett Jones, le secteur de l’énergie est demeuré le principal moteur des fusions et acquisitions au Canada au deuxième trimestre de 2026. Il a généré à lui seul 23 G$ US de transactions réparties sur seulement 28 opérations, illustrant le poids des acquisitions de grande envergure.

Les mines arrivent au deuxième rang avec 12,4 G$ US, mais pour un volume beaucoup plus élevé de 149 transactions, ce qui témoigne d’un marché plus fragmenté et d’un grand nombre d’opérations de plus petite taille.

L’immobilier et les services publics illustrent également cette concentration de la valeur. Bien que chacun de ces secteurs ait enregistré moins de dix transactions au cours du trimestre, ils ont respectivement généré près de 9,7 G$ US et 8,1 G$ US en valeur, preuve que les investisseurs continuent de privilégier des actifs stratégiques capables de générer des revenus stables à long terme.

Cette vigueur s’explique en partie par le regain d’intérêt pour les infrastructures énergétiques, souligne Bennett Jones. Dans un contexte où la sécurité des approvisionnements est redevenue un enjeu stratégique, le Canada attire des investisseurs internationaux en quête d’actifs situés dans un marché considéré comme stable. Les projets de gaz naturel liquéfié en Colombie-Britannique, de même que les investissements dans les infrastructures de transport et de stockage de l’énergie, alimentent cette dynamique.

Du côté des mines, la demande soutenue pour l’or et les minéraux critiques, indispensables à la transition énergétique et au développement des nouvelles technologies, continue de stimuler les regroupements. Les sociétés minières cherchent autant à accroître leurs réserves qu’à consolider leurs positions dans des métaux jugés stratégiques, un mouvement qui devrait se poursuivre au cours des prochains mois.

Une reprise mondiale portée par les mégatransactions… et l’IA

À l’échelle mondiale, le constat est similaire. Au premier trimestre de 2026, la valeur des fusions et acquisitions a bondi de 27 % pour atteindre 1 200 G$ US, soit le meilleur début d’année depuis 2021, selon LSEG Data & Analytics. Pourtant, environ 11 400 transactions ont été annoncées, une baisse de 15 % par rapport à l’année précédente et le niveau le plus faible observé depuis 11 ans.

Là encore, cette croissance repose largement sur un nombre limité de très grandes opérations. Pas moins de 22 transactions de plus de 10 G$ US ont été annoncées au cours du trimestre, pour une valeur combinée d’environ 500 G$ US, un record depuis que LSEG compile ces statistiques, soit 1980.

Les États-Unis demeurent le principal moteur de cette activité, représentant à eux seuls plus de la moitié de la valeur mondiale des transactions. L’Europe affiche également un fort rebond, avec une hausse de 86 % de la valeur des opérations, tandis que l’Asie-Pacifique accuse un recul marqué.

Parmi les secteurs les plus dynamiques, la technologie continue de tirer son épingle du jeu, portée en grande partie par l’essor de l’intelligence artificielle. Les transactions technologiques ont atteint 313,6 G$ US au premier trimestre, en hausse de 52 % sur un an, et représentent désormais plus du quart de toute la valeur mondiale des fusions et acquisitions.

Au-delà des acquisitions de jeunes pousses spécialisées en IA, les investisseurs ciblent de plus en plus les centres de données, les infrastructures numériques et les capacités de calcul nécessaires au déploiement de cette technologie. Les secteurs de l’énergie et des services financiers complètent le trio de tête.

 

Au-delà des cibles d’acquisition, l’intelligence artificielle transforme également la manière dont les transactions elles-mêmes sont menées. De plus en plus d’équipes transactionnelles y ont recours pour accélérer l’analyse de la documentation, resserrer la vérification diligente et affiner les exercices de valorisation, permettant de traiter des volumes d’information beaucoup plus rapidement. Le jugement humain demeure toutefois déterminant pour les décisions finales, particulièrement dans un contexte où les enjeux stratégiques et géopolitiques ajoutent une couche de complexité aux transactions.

Le Québec n’est pas en reste

Ces tendances se retrouvent également au Québec. Un recensement des transactions annoncées publiquement par les entreprises depuis le début de l’année permet d’en prendre la mesure. Sans être exhaustif, il fait ressortir les principaux secteurs d’activité ainsi que les stratégies privilégiées par les acquéreurs.

Le manufacturier, les technologies, les mines, l’énergie et les services professionnels comptent parmi les secteurs les plus actifs. Les données mettent aussi en évidence l’appétit de plusieurs entreprises québécoises pour la croissance externe, tant au Canada qu’à l’international.

Voici trois transactions marquantes :

    • Nuvei a annoncé l’acquisition de Payoneer pour 2,75 G$ US. Cette opération permettra à la fintech montréalaise de combiner ses activités de traitement des paiements avec le réseau mondial de Payoneer, qui dessert des entreprises dans plus de 190 pays et territoires. La société issue du regroupement prévoit de traiter plus de 500 G$ US de paiements par année.
    • G Mining Ventures a acquis G2 Goldfields afin de réunir deux projets aurifères voisins en Guyana et de créer l’un des plus importants pôles de production d’or à faible coût des Amériques. De son côté, Desjardins Gestion mondiale d’actifs a acheté Guardian Capital pour accroître sa présence dans la gestion d’actifs au Canada et à l’international.
    • AtkinsRéalis a poursuivi son expansion en Irlande avec l’acquisition de TOBIN, une firme de génie-conseil et de gestion de projets qui lui permettra de renforcer sa présence locale, de porter ses effectifs irlandais à plus de 700 employés et de mieux répondre aux importants besoins en infrastructures du pays.

Les investisseurs institutionnels québécois demeurent également très actifs. La Caisse, notamment, s’est associée à Brookfield pour acquérir Boralex et la retirer de la Bourse, une transaction d’une valeur totale estimée à 9 milliards de dollars qui vise à donner au producteur d’énergie renouvelable la flexibilité financière nécessaire pour accélérer son développement à long terme.

Les moteurs de la reprise demeurent bien en place

Malgré les tensions géopolitiques et les incertitudes économiques, Bennett Jones estime que les conditions demeurent favorables à la poursuite de l’activité en fusions et acquisitions au Canada. Les investissements dans les infrastructures énergétiques, les centres de données, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques et la transition énergétique devraient continuer de soutenir les grandes transactions au cours des prochains mois.

Le cabinet souligne également que d’importantes réserves de capitaux demeurent disponibles au sein des fonds de capital-investissement, tandis que l’amélioration graduelle des conditions de financement pourrait favoriser le retour d’un plus grand nombre d’acquéreurs sur le marché.

Cette dynamique contraste toutefois avec la réalité d’une partie des PME québécoises.

Repreneuriat : déséquilibre inquiétant entre l’offre et la demande

Pendant que les grands groupes multiplient les acquisitions, une autre réalité se dessine au Québec. Selon le plus récent bilan de l’Observatoire du Repreneuriat Québec, près de 16 000 entreprises privées envisagent un changement de propriétaire au cours des douze prochains mois, soit environ 7,8 % de l’ensemble des entreprises québécoises, un niveau supérieur aux prévisions de l’Observatoire.

Les projets de transfert sont particulièrement élevés dans les secteurs de l’immobilier, de l’hébergement et de la restauration, du transport et de l’entreposage, du commerce de détail ainsi que de la finance et des assurances. Elles progressent également chez les entreprises de plus de dix ans, un phénomène qui reflète le vieillissement de nombreux propriétaires-dirigeants.

Mais le rapport met aussi en lumière un autre enjeu : environ 5 000 entreprises privées prévoient fermer leurs portes au cours de la prochaine année plutôt que d’être vendues ou transférées. Les intentions de fermeture sont particulièrement marquées dans les services professionnels, scientifiques et techniques (13,7 %), la construction (5,3 %), les industries de l’information et de la culture (4,4 %) ainsi que le commerce de gros (2,6 %), soit des secteurs où la relève pourrait s’avérer plus difficile à trouver.

Le signal le plus préoccupant demeure toutefois le déséquilibre entre l’offre et la demande. Alors que le Québec affichait encore récemment un surplus d’entreprises souhaitant réaliser une acquisition, la situation s’est inversée au premier trimestre de 2026. L’Observatoire estime désormais qu’il pourrait manquer près de 4 900 acquéreurs pour répondre au nombre d’entreprises qui souhaitent être vendues ou transférées. À défaut de trouver un repreneur, une partie de ces entreprises pourrait devoir cesser ses activités, avec le risque de voir disparaître des savoir-faire, des emplois et des entreprises bien établies dans plusieurs secteurs de l’économie québécoise.

En somme, le marché québécois des fusions et acquisitions présente aujourd’hui deux visages : d’un côté, des entreprises bien capitalisées qui accélèrent leur croissance par acquisitions; de l’autre, des milliers de PME qui devront trouver un repreneur si elles veulent assurer leur pérennité.

 

Vos questions? Nos réponses.

Quelles sont les fusions et acquisitions majeures prévues en 2026?

Au Canada, les transactions les plus marquantes touchent l’énergie, les mines et les infrastructures stratégiques. Au Québec, on retient notamment l’acquisition de Payoneer par Nuvei (2,75 G$ US), le regroupement de G Mining Ventures et G2 Goldfields, l’acquisition de Guardian Capital par Desjardins Gestion mondiale d’actifs, ainsi que le retrait de la Bourse de Boralex par la Caisse et Brookfield (environ 9 G$).

Comment trouver les transactions de fusions et acquisitions récentes?

Les annonces publiques des entreprises (communiqués, rapports trimestriels) demeurent la meilleure source pour suivre les transactions en temps réel. Des cabinets comme Bennett Jones publient également des mises à jour trimestrielles sur le marché canadien, tandis que LSEG Data & Analytics et d’autres fournisseurs de données compilent les statistiques mondiales.

Quelles sont les fusions et acquisitions récentes au Canada?

Au deuxième trimestre de 2026, le marché canadien a atteint 77,5 G$ US en valeur de transactions annoncées ou conclues, en hausse par rapport au trimestre précédent, mais sur un nombre d’opérations en recul (651 contre 768). L’énergie et les mines sont demeurées les secteurs les plus actifs, avec des transactions marquantes comme celles de Nuvei, G Mining Ventures, AtkinsRéalis et Boralex.

Quel est le concept de carve-out (cession d'actifs non stratégiques)?

Parallèlement aux grandes acquisitions, une autre tendance se dessine à l’échelle mondiale : un nombre croissant d’entreprises choisissent de céder leurs activités jugées non stratégiques plutôt que d’en faire l’acquisition de nouvelles. Cette approche nommée « carve-out », qui vise à simplifier les portefeuilles, réduire les risques et réallouer le capital vers les segments les plus porteurs, s’impose de plus en plus comme un levier stratégique à part entière en 2026.

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